On parle beaucoup d’ultra trail dans les Alpes.
Mais entre l’image qu’on en a et la réalité du terrain, il y a souvent un écart
Moi, ce qui m’intéresse, c’est autre chose.
Qu’est-ce que ces courses racontent vraiment ?
Qu’est-ce qu’on vit dessus ?
Qu’est-ce qu’elles apportent au territoire ?
Et est-ce qu’elles valent l’investissement en temps, en énergie, en argent ?
Les Alpes sont devenues un terrain central du trail en Europe.
Du Mont-Blanc au Queyras, chaque massif a son caractère. Certains événements sont devenus internationaux. D’autres restent plus confidentiels, plus bruts.
Je ne les ai pas tous courus.
Mais j’en connais certains de l’intérieur.
Et pour les autres, je m’appuie sur des retours de terrain, des échanges, des années passées à observer ce milieu.
Voici cinq ultra-trails alpins majeurs.
Pas un classement.
Pas un article marketing.
Un retour honnête sur ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils apportent, et ce qu’ils demandent vraiment.
Créé en 2003, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc est devenu bien plus qu’une course : c’est un événement mondial. Une semaine entière à Chamonix, plusieurs formats, des milliers de coureurs, une couverture médiatique internationale.
Le format phare : environ 170 km pour 10 000 m de dénivelé positif autour du massif du Mont-Blanc, à travers la France, l’Italie et la Suisse.
Objectivement, c’est un défi immense.
Mais il faut être lucide : ce n’est pas l’ultra le plus technique des Alpes.
Le Tour du Mont-Blanc est fréquenté depuis longtemps, les sentiers sont entretenus, parfois presque polis par le passage. Ça reste exigeant,170 km, ça ne se discute pas mais ce n’est pas du chaos minéral permanent.
Là où l’UTMB marque, c’est ailleurs.
L’organisation est irréprochable.
Sécurité, balisage, ravitaillements, logistique : tout est millimétré.
L’ambiance à Chamonix est unique. Le départ de nuit, la foule, l’énergie… même sans l’avoir couru, on le sait à travers ceux qui l’ont vécu : ça doit être une décharge d’émotion rare.
On n’est presque jamais seul.
Pour certains, c’est rassurant. Pour d’autres, moins.
Le prix des dossards a fortement augmenté ces dernières années.
Le système de tirage au sort et de qualification via le circuit UTMB World Series rend l’accès complexe.
L’événement est devenu une machine internationale. Une marque. Une économie.
On peut regretter que le côté authentique des débuts se soit dilué dans la dimension globale.
L’UTMB reste un ultra trail majeur des Alpes.
Mais ce n’est plus une aventure confidentielle. C’est un mythe organisé.
📍 Massif du Mont-Blanc – France / Italie / Suisse
📅 Fin août
🗓 Création : 2003
Formats principaux & D+ (semaine UTMB)
Belledonne, ce n’est pas une carte postale lisse.
C’est du caillou, du caillou et encore du caillou.
Des pierriers instables.
Des crêtes où la progression ralentit brutalement.
Créée en 2013, l’Échappée Belle propose plusieurs formats, mais l’Intégrale, environ 152 km pour plus de 11 000 m D+ est clairement l’un des ultras les plus exigeants de France.
Ici, la vitesse moyenne s’effondre.
Il n’y a quasiment pas de longues portions roulantes.
Parfois, on descend moins vite qu’on ne monte.
J’ai terminé le Parcours des Crêtes.
J’ai tenté deux fois l’Intégrale.
La dernière, abandon au kilomètre 112, genou en vrac.
Je me souviens d’une édition où j’ai passé près de deux heures seul dans la nuit et le brouillard avant d’arriver au Pleynet. Pas un bruit. Pas une lumière. Juste la frontale et les pierres.
C’est ça, Belledonne.
Une immersion totale.
Un nombre de dossards volontairement limité.
De longues sections où l’on se retrouve vraiment seul.
Les paysages sont bruts : lacs d’altitude, arêtes minérales, torrents, silence.
Le prix reste encore raisonnable.
Et surtout : c’est une école de gestion permanente.
Très exposé à la chaleur sur certaines sections.
Peu d’ombre du km 20 au km 60.
Altitude élevée, météo imprévisible.
Ce n’est pas un ultra pour débuter.
Les statistiques de finishers, parfois moins de 50 % en disent long.
Belledonne ne pardonne pas l’approximation.
Un jour, je la terminerai.
Pas pour prouver quelque chose aux autres.
Pour fermer une boucle personnelle.
📍 Massif de Belledonne – Isère
📅 Fin août également
🗓 Création : 2013
Les premiers kilomètres sont roulants. On entre progressivement dans la course.
Puis viennent les sections plus techniques, notamment sur la chaîne de l’Épine, et la Dent du Chat en fin de parcours.
C’est une arrivée qui oblige à gérer son effort.
Après 50 km, l’hydratation et la nutrition deviennent centrales.
Organisation solide.
Logistique simple.
Prix cohérent.
Parcours varié et panoramas magnifiques sur le lac.
C’est un très bon premier objectif longue distance.
Quelques portions de bitume.
Attention, les premiers 20 km peuvent piéger (départ trop rapide)
Des sections très roulantes qui peuvent enlever un peu de la magie “ultra sauvage”.
Mais tout le monde n’a pas besoin de pierriers pendant 150 km.
📍 Lac du Bourget – Savoie
📅 Octobre
Créé en 2009, l’Ultra Tour du Beaufortain propose environ 110 km pour 7 800 m D+.
Le massif du Beaufortain est plus pastoral que Belledonne.
Des alpages, des crêtes ouvertes, des panoramas larges.
On pourrait croire que c’est “facile”.
Ce ne l’est pas.
Le terrain reste alpin, les montées longues, les descentes parfois exigeantes.
Mais il y a une forme d’équilibre : technique sans être chaotique, engagé sans être extrême.
L’événement garde une dimension plus humaine que les grandes messes internationales.
C’est souvent ce qui revient dans les retours : une ambiance chaleureuse, un esprit montagne.
📍 Beaufortain – Savoie
📅 Juillet
🗓 Création : 2009
Le Queyras, c’est autre chose.
Plus sec.
Plus minéral.
Une lumière différente.
L’événement est plus récent que les autres, mais le massif, lui, est ancestral. On est dans les Alpes du Sud, avec une ambiance plus sauvage et moins fréquentée.
On est dans les Alpes du Sud, à la frontière italienne.
Ici, l’altitude est constante. Beaucoup de passages au-dessus de 2 500 m.
Certains cols frôlent ou dépassent les 2 800 m.
Le terrain est minéral, parfois cassant.
Des longues crêtes exposées.
Des descentes techniques.
Peu de forêt dense comme dans le nord des Alpes.
Et surtout : un climat plus sec, plus lumineux.
Mais ça ne veut pas dire plus simple.
Les amplitudes thermiques peuvent être fortes.
Moins de participants.
Un esprit plus confidentiel.
Une vraie sensation d’immersion.
📍 Queyras – Hautes-Alpes
📅 Juillet
Événement récent (créé au début des années 2020)
Formats & D+ (variables selon édition)
Le Queyras pourrait être ce prochain défi : exigeant, naturel, sans surmédiatisation.
Personnellement, je me limite à un gros objectif ultra par an. Pas pour faire “raisonnable”, mais simplement pour garder du plaisir, récupérer correctement et continuer à progresser sans me cramer. Cette année, ce sera le Trail des Glaciers de la Vanoise. Un terrain plus roulant, plus accessible que Belledonne, mais toujours en montagne.
Le TGV, c’est un trail emblématique des Alpes, au départ de Pralognan-la-Vanoise en plein cœur du parc national, avec un départ souvent très matinal et une vraie ambiance montagne. Sur le format le plus complet, env. 73 km pour ~3 800 m de D+, une vraie distance mais dans un terrain plus fluide et plus “trail” que certaines sections purement minérales comme en Belledonne.
Ça me permet de continuer à avancer tout en créant volontairement un peu de manque avec l’Échappée Belle. Belledonne, je sais que j’y retournerai. Et ce sera d’autant plus fort.
170 km ne valent pas tous la même chose.
11 000 mètres de dénivelé ne racontent pas toute l’histoire.
Un ultra trail majeur dans les Alpes, c’est un massif, une ambiance, une aventure différente.
L’Ultra-Trail du Mont-Blanc t’emmène dans le mythe.
L’Échappée Belle te met face à toi-même.
L’Ultra Tour du Beaufortain est exigeant sans être extrême.
Le Grand Trail du Lac t’initie à la longue distance.
Le Grand Raid du Guillestrois-Queyras t’ouvre les portes du sauvage.
On court pour ressentir.
Pas pour s'afficher.
Avec le recul, ces courses m’ont toutes appris quelque chose de différent
L’UTMB me fascine autant qu’il m’interroge.
C’est impressionnant, parfaitement organisé, porté par une énergie incroyable.
Mais c’est aussi devenu immense. Presque trop.
L’Échappée Belle, elle, m’a remis à ma place.
Deux tentatives sur l’Intégrale.
Un abandon au kilomètre 112.
Des heures seul dans le brouillard la nuit vers le Pleynet.
Belledonne ne triche pas.
Et c’est justement pour ça que j’y retournerai.
Le Grand Trail du Lac m’a rappelé qu’un parcours plus roulant peut rester exigeant si on le gère mal.
Après 50 kilomètres, l’hydratation et la nutrition deviennent centrales.
Ce n’est pas parce que c’est “accessible” que c’est facile.
Le Beaufortain et le Queyras m’attirent pour autre chose.
Un équilibre entre engagement, territoire et dimension humaine.
Moins de bruit. Plus de montagne.
Au final, ce que je retiens, ce n’est pas seulement le dénivelé ou la distance.
C’est ce que ces courses te font vivre, physiquement et mentalement.
Peu importe l’objectif.
Le plus important, c’est de choisir ton trail, le trail qui te correspond vraiment !
Celui qui te motive.
Celui qui te met un peu de doute aussi.
Un format adapté.
Un massif qui t’attire.
Un terrain que tu as envie d’affronter.
Et finalement, on court tous pour la même chose : le bonheur simple d’être en montagne
À toi de jouer.
🏔 Comparatif
| Événement | Distance phare | D+ | Période | Technicité terrain | Densité coureurs | Solitude | ADN dominant | Pour quel profil ? |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) | 170 km | 10 000 m | Fin août | 🟠 Modérée (roulant alpin) | 🔴 Très forte | 🔵 Faible | Mythe mondial, machine organisée | Coureur cherchant l’expérience internationale et l’énergie collective |
| L’Échappée Belle (Intégrale) | 152 km | 11 000 m | Fin août | 🔴 Très élevée (pierriers, crêtes) | 🟢 Limitée | 🔴 Forte | Brut, technique, engagé | Trailer expérimenté, à l’aise en terrain instable |
| Ultra Tour du Beaufortain | 110 km | 7 800 m | Juillet | 🟠 Soutenue mais fluide | 🟢 Modérée | 🟠 Variable | Alpin équilibré, pastoral | Coureur solide voulant du dénivelé dense sans chaos permanent |
| Grand Trail du Lac | 74 km | 3 800 m | Octobre | 🟢 Accessible avec passages techniques | 🟠 Moyenne | 🟢 Faible à modérée | Porte d’entrée longue distance |
Premier gros trail, progression vers ultra |
| Grand Raid du Guillestrois-Queyras | 170 km | 9 000–10 000 m | Juillet | 🔴 Haute montagne exposée | 🟢 Limitée | 🔴 Forte | Sauvage, haute altitude | Coureur cherchant immersion et engagement météo |